Tapas, churros et Cava. Les premiers trains Renfe-SNCF circulent depuis le 15 décembre 2013 à partir de Paris, Lyon, Marseille et Toulouse vers Barcelone. Quand Renfe-SNCF nous a proposé de nous joindre à une simulation commerciale le 10 décembre 2013, nous avons tout de suite répondu oui !

Cette liaison France-Espagne est le résultat de 20 ans de travail de part et d’autre du tunnel du Perthus. L’Espagne a construit en 25 ans le plus grand réseau grande vitesse en Europe – seule la Chine a un plus grand réseau. Une raison de plus d’aller parcourir ce beau pays en long et en large.

Nous avions prévu de vous parler du voyage dès le lendemain mais nous n’avons pas pu le faire à cause d’un embargo de dernière minute. Les vacances sont alors arrivées. Du coup, nous en avons profité pour prendre le temps de détailler notre périple !

Notre Paris – Barcelone

Nous prenons le train de 14 h 07 à Paris Gare-de-Lyon, normalement terminus Figueres, mais qui exceptionnellement pour nous ira jusqu’à Barcelone Sants pour tester que tout est en place. Nous montons donc parmi les autres voyageurs comme si de rien n’était.

La rame que nous empruntons est une rame Duplex (à deux étages donc) qui sera utilisée au démarrage du service mais qui sera bientôt remplacée par une rame Euroduplex toute neuve (on peut déjà emprunter ces rames avec des affichages au plafond sur les trajets Francfort – Marseille opérés par DB-SNCF en coopération). Les messages aux passagers sont donnés en français, en espagnol et en catalan à l’approche l’Espagne. Cette ligne à partir de Paris est opérée par la SNCF, le service est donc celui que l’on connait par cœur et la nouvelle carte du wagon-bar est décidément très bien.

Le trajet se déroule normalement : 300 km/h jusqu’à Nîmes, puis 150 km/h jusqu’à Perpignan, et nous reprenons la ligne à grande vitesse avant de rejoindre le tunnel du Perthus, long de 8,4 km, qui nous permet de rejoindre l’Espagne. Le tunnel sous les Pyrénées est utilisé depuis décembre 2010, mais la ligne grande vitesse s’arrêtait jusqu’alors à Figueres, 19 km après sa sortie. Il manquait alors deux éléments importants pour que le train puisse aller jusqu’à Barcelone et Madrid : une ligne grande vitesse et une certification pour les trains. C’est désormais chose faite depuis le 27 novembre dernier.

Comme le service direct n’est pas encore actif au moment où nous empruntons le train, les voyageurs « normaux » sortent du train pour rejoindre sur le quai opposé l’AVE S-103 de la Renfe qui les mènera à Barcelone.

Nous profitons de l’arrêt à Figueres pour dire bonjour aux conducteurs du TGV, qui nous invitent gentiment à venir faire un tour dans la cabine de pilotage. Ils nous expliquent que pour le retour le lendemain ce sera un autre conducteur, qui lui passera son « permis de conduire de TGV » de Barcelone à Figueres. C’est aussi ça faire partie d’un train de test !

Ce ne seront pas ces TGV qui circuleront vers Barcelone à partir de Toulouse, Marseille et Lyon, mais des cousins de nos TGV Atlantique. Ces AVE S-100F ont été construits par Alstom en 1991 et rénovés en 2008. Ces trains ont obtenu une certification spécifique pour rouler sur le réseau français. Les voitures sont équipées d’écrans vidéo répartis au dessus du couloir et les sièges de prises casque pour permettre de passer le temps du voyage en regardant un film. Des bandeaux lumineux dans les voitures donnent des informations en temps réel sur la vitesse ou le prochain arrêt.

Nous repartons quasiment seuls dans le train de Figueres et nous arrivons à Barcelone Sants après être passés dans un tunnel long de 5,8 km, qui passe juste sous la Sagrada Familia. La gare est située au sud-ouest du centre de Barcelone, à 6 stations de métro de la Place de Catalogne. Il fait 10 °C de plus qu’à Paris, de quoi enlever l’écharpe, s’autoriser une promenade près du parc Joan Miró et profiter d’un bon restaurant.

Notre Barcelone – Paris

Le lendemain, départ à 8 h 30 dans le sens inverse. Nous passons d’abord par le salon « VIP », accessible à tous les voyageurs de 1ère classe : espace silence, canapés, prises, boissons à volonté… L’espace est grand et si on a un peu de temps entre deux trains, il vaut clairement le coup d’aller y faire un tour.

Nous nous faisons contrôler nos billets avant d’arriver sur le quai, ce qui est la norme en Espagne, puis nous reprenons notre TGV Duplex de la veille, quasiment vide. Je profite de l’arrêt rapide dans la gare souterraine de Gérone pour prendre une photo du quai de la gare vu de la voiture : les quais espagnols (comme les néerlandais) sont plus haut que les quais français, il faut donc monter une marche en sortant du train, c’est une particularité locale.

Cette fois-ci nous faisons le trajet de jour, ce qui permet d’admirer le paysage. Le temps est avec nous et nous profitons d’une visibilité exceptionnelle. Nous observons les contreforts de la chaîne pyrénéenne, puis les Pyrénées enneigés avant de nous enfoncer dans le tunnel du Perthus. 30 minutes après la sortie nous atteignons un des coins les plus spectaculaires du voyage, quand le train circule entre les étangs de la Palme, de l’Ayrolle et de Bages-Sigean, juste avant Narbonne. Outre le fait d’avoir l’impression de rouler sur l’eau, de nombreux flamands roses habitent ici et nous font profiter de leurs vols splendides. Nous passons Montpellier, Nîmes, Orange et les Alpes se montrent au loin.

L’Europe du train est en marche !

En arrivant à Paris nous bouclons un aller-retour express de 2200 km sur deux jours. Évidemment le trajet à partir de Paris jusqu’à Barcelone en 6 h 25 intéressera surtout ceux qui aiment traverser des paysages magnifiques, ou ceux qui n’aiment pas l’avion. Pour autant, le projet n’est pas complètement terminé et l’objectif à terme pour la SNCF et Renfe est de mettre les deux villes à 5 h 30.

La France ne se résume pas à Paris et la vraie révolution de cette ligne se fait au départ de Lyon, Marseille et Toulouse et de toutes les villes intermédiaires, car le temps de parcours est vraiment intéressant et les rotations quotidiennes : 1 h 19 pour Perpignan, 2 h 50 pour Montpellier, 3 h 02 pour Toulouse, 4 h 17 pour Marseille, … Barcelone est maintenant juste à côté. Madrid aussi se rapproche de Perpignan avec un temps de parcours de 4 h 06.

Quand on voit le dynamisme qu’ont apporté les différentes lignes grande vitesse au nord de la France (Londres, Bruxelles, Amsterdam, Cologne, Francfort, …), on ne peut que se réjouir que le sud de la France soit désormais bien mieux relié à l’Espagne. L’Europe du train est en marche, et ça nous plaît !